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Juin 09

Précarité : les femmes et les jeunes d’abord

Depuis quelques jours, la nouvelle campagne nationale de sensibilisation du SAMU social crée un véritable buzz : une vidéo embarquée sur des SDF qui permet de voir leur vie « comme si vous y étiez » fait le tour de la toile. Des visuels chocs fleurissent les abribus et au même moment du lancement de cette campagne, le SAMU Social entame une grève. De quoi faire parler !
Campagne choquante ou efficace ? Je préfère rappeler le message de détresse et de précarité de ces personnes qu’avait illustré un article de la Dépêche le 29 mars dernier.

Muriel Boulmier, présidente de La Pergola, lors d’une maraude effectuée cet hiver. Photo DDM.

Précarité : les femmes et les jeunes d’abord

A la sortie de l’hiver, le bilan du dispositif de veille sociale constate la progression du nombre de personnes en difficulté dans le département. Les femmes sont les premières victimes.
C’est entendu, les personnes en grande précarité n’émeuvent, meurent, qu’en période de grand froid ou de canicule. Qu’en est-il, hors saison ? En considérant la tâche effectuée par les acteurs associatifs dans le département, cette vision réductrice de l’action sociale est vite battue en brèche, la continuité des dispositifs mis en place démontrant, s’il le fallait -et il semble qu’il le faille- que l’aide et l’accompagnement des personnes en déshérence ne sont pas discontinus. Il en est ainsi à Agen, comme dans l’ensemble du Lot-et-Garonne, dont l’organisation du dispositif d’urgence sociale a été, il y a déjà quelques années, mise en exergue au niveau national.
Le dispositif est d’autant plus pérenne qu’il n’a jamais été aussi indispensable. Muriel Boulmier, présidente de l’association agenaise de La Pergola, le confirme par la preuve des chiffres : « Les taux d’occupation dans nos structures traduisent les répercussions de la crise, laquelle a eu un effet à retardement sur les personnes en grande précarité ».
Les chiffres ? Un seul suffirait à appréhender la persistance et l’aggravation du problème : ces structures d’accueil agenaises ont enregistré un taux d’occupation de 112 %. Et les personnes accueillies sont aujourd’hui plus nombreuses à frapper à la porte des structures et y restent plus longtemps. Traduit en langage administratif, les personnes qui séjournaient en moyenne 6, 7 jours dans les locaux d’accueil, les occupent aujourd’hui 8, 2 jours. Un public toujours plus jeune et toujours plus féminin. Lors des maraudes de l’hiver 2008-2009, « seulement » trois femmes avaient été rencontrées. Dans la dernière campagne d’hiver, les rencontres féminines ont été douze fois plus nombreuses.
Pour rester dans la démonstration chiffrée, le 115, numéro aujourd’hui bien identifié, a enregistré pas moins de 1 350 appels en quatre mois, « avec un pic en janvier- février », précise Raymond Gros, le nouveau directeur. Et les 54 maraudes effectuées cet hiver par le SAMU social, en collaboration avec les bénévoles de l’antenne locale de la Croix-Rouge, ont permis d’entrer en contact avec près de 130 personnes. Des maraudes autant indispensables qu’aux résultats aléatoires, car, comme l’explique Muriel Boulmier, « concernant des personnes souvent rétives à l’hébergement, présentant des problématiques d’addictions multiples (alcool, drogues, médicaments…) et, de plus en plus souvent, des troubles psychiatriques »…
Fin avril, le comité de pilotage de la veille sociale se réunira. Il pourra déjà constater que l’accroissement de la précarité dans le département est accompagné d’une mobilisation en conséquence.