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Juil 15

Tribune – « Nous attendions plus d’Emmanuel Macron après la mort de la gendarme Lemée »

Hommage M.Lemée

17/07/2020

Le meurtre de Mélanie Lemée est une réponse dramatique à ceux qui critiquent l’action des forces de l’ordre. Quels signes le gouvernement devrait-il envoyer ?

La soirée de ce samedi 4 juillet en Lot-et-Garonne ressemblait à celle des soirs d’été à la campagne, douce et paisible. Quand pour tous le soleil s’étire vers l’horizon, une jeune femme de 25 ans, gendarme, est fauchée par un chauffard, fonçant à vive allure pour se soustraire à un contrôle routier.

La réalité est triste. La réalité est brutale.

Sous emprise de substances illicites, de petit convoyeur il est devenu assassin. Il a volé la vie de Mélanie.

Une vie disparue, une brève et déjà brillante carrière honorée, un hommage du pays, des distinctions posthumes : chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire, de la médaille de la gendarmerie nationale palmes de bronze, médaille d’or. Et Mélanie Lemée est élevée désormais au grade de major.

Mais avant tout cela, Mélanie, sportive accomplie, vivait. Elle avait 25 ans et des projets de son âge, ceux d’une vie à conquérir.

Gérald Darmanin, présent lors de la cérémonie, a affirmé solennellement le soutien du gouvernement aux forces de l’ordre sans qui le fameux « vivre ensemble » s’avèrerait impossible, a-t-il ajouté. Comme il l’a répété à Bayonne après qu’un chauffeur de bus soit mort sous les coups de voyous pour avoir demandé le respect du port du masque.

Au-delà des forces de l’ordre, nous attendions tous, simples citoyens, une parole forte du Ministre de l’Intérieur, qui prit la forme de promesse devant le cercueil de Mélanie, ou quelques jours après à Bayonne.

Comment justifier que l’une et l’autre ont perdu la vie en exerçant simplement leur mission. Il ne s’agit pas là d’une situation de braquage, de manifestations qui dégénèrent. Non, là, rien que du quotidien.

Les agressions violentes des forces de l’ordre, la négation répétée des décisions de justice ou des obligations collectives, de quelque nature que ce soit, désarçonnent les français dans leur ensemble, qui pour autant ne peuvent être qualifiés d’opposants à la mosaïque de notre société, ou relégués dans les outrances des partis extrêmes.

Ils sont lassés de ces émotions grandiloquentes qui s’insèrent dans la routine des faits divers, dont l’un, à l’occasion d’une visite ministérielle, chasse l’autre dans le repli des mémoires jusqu’à ce que le procès les sorte des limbes.

Nous aurions aimé cependant un mot de soutien du Président de la République à l’endroit des forces de l’Ordre et de compassion pour les victimes à l’occasion de son intervention télévisée du 14 juillet, journée si symbolique dédiée cette année aux héros du quotidien pendant la crise du coronavirus.

Quels signes le gouvernement doit-il envoyer pour éviter que les esprits s’échauffent et se nourrissent de la tentation de la loi du talion ? Sans doute ne pas craindre d’infliger la sanction la plus sévère et la faire appliquer dans des délais raisonnables.

Nous attendons du Ministre de l’Intérieur et du Ministre de la Justice qu’ils montrent ensemble le juste équilibre entre le respect de l’autorité, le prononcé de la sanction et son application, pour éviter le risque de banalisation et rompre la lassitude de l’enchaînement des faits divers, sans exploitation ni mise en scène autour de ces violences.

Surtout ne pas avoir peur des mots, placer les auteurs de ces assassinats devant leurs responsabilités sans abriter les piètres défenses derrière une philosophie rousseauiste à bon marché.

Nos concitoyens peuvent avoir l’âme latine, prompts à s’exprimer voire à râler ; cependant ils sont attachés à la République, à ses valeurs, au mérite républicain, au travail, mais aussi à la sécurité, témoignant de leur générosité et de leur soutien lors de situations particulières ou pour des grandes causes.

Ne laissons s’incruster ni la nostalgie, ni la colère notamment dans les campagnes qui se sentent déjà des oubliées de la République.

 

Tribune publiée dans le HuffPost