La violence et les mots pour le dire

La violence se déploie. Du meurtre du policier d’Avignon, à l’assassinat cruel, d’une femme près de chez nous à Mérignac. Cependant les mots pour le dire s’édulcorent sous différents prétextes : la recherche de vocabulaire ou celle d’une recontextualisation sociale qui résonne comme une excuse. 

Hommage à Eric Masson à Avignon – © Constance COLLE / Midi Libre

Il en va ainsi de la mise sur un piédestal d’Assa Traoré, légitimation de médias engagés de la violence des délinquants des banlieues. 

Le réel s’aseptise par un flot d’explications ressemblant à autant de justifications. Comment accepter que le meurtre d’une femme juive resté impuni parce que le meurtrier était sous emprise de stupéfiants qu’il avait lui-même choisi de consommer ?

Mais pas un mot pour soutenir la majorité des familles qui aspirent à y vivre simplement et qui se sentent elles-mêmes menacées. 

Le qualificatif de violence policière se rapproche. Alors que les forces de l’ordre nous protègent, elles sont prises pour cible comme à Fréjus, au même titre que les personnels de santé ou les pompiers agressés eux aussi. 

Nous devons les soutenir. 

Hommage à Eric Masson à Avignon
Le plus déchirant pour moi a été le sort réservé à cette femme, mère de deux enfants à Mérignac, en Gironde.

Frappée, terrorisée, prête à tout accepter pour ne pas être séparée de ses enfants. Elle est morte, assassinée, succombant aux coups de son mari, qui l’a brûlée vive en pleine rue. Il sortait de prison, condamné pour violences conjugales. 

Certes elle ne maniait pas bien notre langue, certes elle n’a pas porté plainte quand il le fallait.

Depuis 10 ans je suis engagée, avec d’autres, dans le combat contre ces violences qui se transforment en meurtre. La femme sous emprise, se sent coupable, et elle craint pour ses enfants. Tenaillée par ses peurs, elle se met à l’abri mais ne résiste pas à rentrer au foyer familial pour ses « petits ». 

Combien en ai-je rencontrées de femmes emprisonnées dans ce carcan mental dessiné par leur bourreau. Elle avait essayé de s’en extraire mais il l’attendait au coin du jardin d’enfants. 

Ce combat là est celui des femmes comme des hommes. C’est leur dignité et leur courage que de s’y associer : ils sont fils, mari, compagnon, père, oncle, frère. Ils ne doivent jamais être comparés à ces meurtriers.

Un meurtre… Une visite ministérielle pour parler féminicide quand il s’agit d’assassinat.

Des mots de réconfort quand nous attendons l’application des mesures qui existent. Les bracelets anti-rapprochements :  seulement 65 déployés en France quand presque un millier sont disponibles ! 

Soyons implacables dans la sanction. Écoutons les alertes des victimes, soyons indulgents avec leurs atermoiements à la procédure. Renonçons aux remises de peine automatiques. Analysons l’état du coupable avant de le remettre en liberté prêt à recommencer son méfait jusqu’à l’issue fatale.

La sécurité vaut pour tous. Nous portons dans nos cœurs la tristesse pour les jeunes enfants et l’indignation du meurtre de leur mère. 

Renouons de manière républicaine avec la sécurité.