Rouge et blanc

La météo rejoint l’actualité de la semaine. 

 
Le début de la semaine a tenu les prévisions, le vent souffle, les volets claquent, les quelques feuilles qui s’accrochaient encore, volent pour dessiner un tapis qui aurait pu être doré si la pluie ne l’avait pas transformé en plaques glissantes.
 
Puis arrive ce moment qui émeut chaque hiver où le paysage se transforme. Quand il blanchit, quand chaque feuille, chaque brindille deviennent fragiles dans la lumière qui les fait scintiller, ressemblant à des fils. 
C’est l’étendue blanche des bords de route et des champs, timide et hésitante comme si la neige s’économisait mais tenant, néanmoins, à nous rappeler qu’elle existe encore.
 
Et voilà enfin la dernière tempête de la semaine marquée de flons flons et cornes de brumes. Peu de chansons cadencent le cortège incandescent qui descend les rues au rythme des revendications. 
 
La réforme des retraites !
 
La retraite tant redoutée dans les années 50/60 parce son âge cousinait celui de l’espérance de vie. 
La retraite devenue, depuis 40 ans, l’eldorado d’un avenir possible, quand ayant gagné tant d’années de vie en pleine forme, elle devient la promesse de nouveaux projets.  
 
Il faut savoir reconnaître que nous avons cette particularité de commencer à travailler plus tard que nos voisins et d’en quitter les obligations plus tôt. 
Ceci a un coût, celui du partage d’un système qui nous est cher : ceux qui travaillent financent la retraite de ceux qui ne travaillent plus. 
Cela signifie que lorsque le nombre des premiers diminue et que le nombre des seconds augmente, le déséquilibre se creuse. 
Alors l’heure de la réforme sonne pour que l’équilibre se rétablisse. Vivre bien, plus longtemps – merci la médecine – permet de travailler deux années de plus. 
Cependant cette rationalité imparable du raisonnement affronte l’émotion du temps perdu au travail comme disent ceux qui le combattent. 
 
Le temps libre apprivoisé depuis toutes ces années ne se partage pas si facilement. La réforme des retraites devient l’occasion de toutes les colères. Y compris celle de ne pas avoir assez d’enfants qui deviendraient autant de nouveaux financeurs. Même si chacun feint d’ignorer les raisons de la baisse de la natalité. Les allocations familiales qui ne sont plus un soutien à la natalité, ouvertes à tous les français, mais un accompagnement financier selon les revenus. Que dire du fond de désespérance de tous les propos sur l’avenir de la planète, la rigueur du temps, qui suscitent ces réflexions tant de fois répétées : à quoi ça sert d’avoir des enfants dans ce monde d’aujourd’hui ?
 
C’est pourquoi la fin de semaine a rempli les promesses de la météo, l’avis de tempête nimbée du rouge de la revendication. 
Oui, le bruit et la fureur ont rempli d’échos le théâtre extérieur des prévisions.
 

Chronique diffusée sur 47fm le 20 janvier 2023.